Une vingtaine de représentants d’organisations de la société civile, du secteur public et d’entreprises forestières ont été formées sur le fonctionnement de ces applications, les 19 et 20 Juin derniers dans la localité de Soa par la Zoological Society of London (ZSL) en partenariat avec le World Resource Institute (WRI).
Les participants ont été abondamment édifiés sur les 2 outils. Open Timber Portal (OTP) est une plateforme web indépendante opérationnelle dans les 5 pays du Bassin du Congo. Elle promeut le respect de la légalité dans la production et le commerce du bois, en compilant des informations provenant des parties prenantes sur la conformité du secteur forestier dans les pays producteurs. Elle a été développée par WRI en 2017 et son premier challenge a été celui de la langue d’utilisation. D’après Achille Djeagou Tchoffo le coordonnateur d’OTP dans le Bassin du Congo « Le fait d’acheter le bois du Bassin du Congo ne voulait pas dire que les acheteurs parlaient tous français ou anglais. Ils voulaient un système qui met en avant un langage universel sur ce qui se passe sur le terrain. Pour répondre à cette problématique, on a choisi un code couleurs qui permet de démontrer la conformité parce qu’on soit chinois, vietnamien ou japonais, la couleur verte reste la couleur verte. Si ce n’est pas conforme, on a le rouge. Si cela n’a pas été fourni, on a la couleur orange. C’est comme cela qu’on a pu répondre à cette préoccupation » a-t-expliqué. Cette interface est accessible 24 h sur 24 par tout importateur ou acheteur qui souhaite avoir des informations sur une société forestière ou une commune collaborant avec OTP. Un module des observations a également été intégré, mais en le présentant de façon fragmentée avec des grilles de gravité allant de 1 à 3. « Sur le droit des travailleurs par exemple, lorsque l’importateur voit que la barre est à 1, il voit qu’il s’agit d’un problème mineur. Mais si la barre est à 3, c’est que l’opérateur forestier a commis quelque chose de grave. L’importateur peut alors exiger à l’opérateur d’atténuer ce risque et fournir des informations qui l’attestent pour qu’ils puissent continuer de travailler ensemble » a souligné Achille Djeagou.
Signature d’une autorisation de publication de documents avec les opérateurs privés
OTP a plusieurs fonctionnalités. Il faut commencer par ouvrir le site www.opentimbalportal.org pour accéder à cette application qui est libre d’accès, il n’y a pas de code pour la version publique. Mais les opérateurs se connectent avec un compte parce qu’il y a un espace pour qu’ils chargent leurs informations. Mais c’est le site déjà toiletté qui apparaît sur la version publique. Cette plateforme compile des informations sur l’exploitation forestière provenant de 3 sources : l’administration, les exploitants forestiers, et les tierces parties qui sont les observateurs indépendants des forêts et les ONG. S’agissant des sociétés forestières, le Coordonnateur d’OTP dans le Bassin du Congo précise : « Les entreprises signent avec nous un document qu’on appelle autorisation de publication de documents et désignent un point focal en leur sein avec qui nous allons travailler. C’est l’entreprise qui décide de publier ses informations Mais si elle ne veut plus publier à un moment donné, ce sont ses raisons et il n’y pas une clause contraignante. Si elle décide de ne plus nous envoyer les documents, son score va egalement baisser a l’expiration des documents » a-t-il indiqué. Il faut également préciser qu’il y a un contrôle rigoureux et méticuleux des documents publiés, dont la vérification est faite à plusieurs niveaux.
OTP donne plus de crédibilité et de transparence
Il y a un module « exploitants » dans OTP qui permet de faire le classement des opérateurs forestiers. En tête du classement actuel figure l’entreprise congolaise IFO/Interholco avec 100 % des documents fournis. Et le 2ème c’est la CEFAC, une société camerounaise avec 95 % de documents fournis. Ce classement varie en fonction de la légalité et de la validité des documents. Pour un importateur, cet affichage lui parle plus que si l’on lui donnait un document de 30 pages à feuilleter. OTP aide également les sociétés forestières à faire une surveillance satellitaire de leurs concessions à travers Global Forest Watch pour détecter des cas d’exploitation forestière illégale.
Cet outil apporte une certaine satisfaction au secteur privé. Comme le témoigne Fomekong Tsakeu Martial, responsable de la cellule d’aménagement et de certification de l’entreprise Seffeccam basé dans la région du Sud-Ouest : « Quand nous avons appris l’existence de OTP, nous nous sommes dit qu’elle est une vitrine qui permettra à nos clients et potentiels clients de pouvoirs se rassurer que tous les bois qui proviennent de nos ventes de coupe sont légaux. C’est pour cela que dès 2019, nous avons adhéré à cette plateforme et avons autorisé à OTP de publier nos informations. Parfois nos clients n’ont pas besoin de nous contacter directement pour avoir certaines informations de notre part. Ils vont directement sur la plateforme et trouvent les documents dont ils ont besoin. Le fait d’avoir adhéré à OTP donne à notre entreprise plus de crédibilité, plus de transparence. Le travail avec OTP est assez digeste. Nos clients à l’étrangers sont plus rassurés. » a-t-il expliqué.
Plus d’une centaine d’opérateurs et négociants de bois légal évalués dans le monde.
La présentation de SPOTT a été fait par Essounga Benga Paul Alain, Inclusive Forest Manager à ZSL SPOTT (Sustainability Policy Transparency Tookit) est une application qui a été développé par ZSL et visait au départ le secteur financier. C’est avec le temps qu’elle a intégré les aspects de durabilité et transparence. Tout comme avec OTP, c’est l’entreprise elle-même qui décide des informations qu’elle partage. Chaque année SPOTT évalue les entreprises qui opèrent dans les secteurs de l’huile de palme, le caoutchouc, la foresterie sur la base d’indicateurs sur lesquels les progrès de l’entreprise sont évalués dans le temps. D’après Essounga Benga Paul Alain, « cette application permet aux entreprises à partir de leur score de pouvoir démontrer qu’elles sont de plus en plus ou pas transparentes dans leurs activités. Il y a des Banques qui utilisent SPOTT comme un outil pour la diligence avant octroi des crédits à des entreprises. SPOTT est aussi utilisée comme un outil économique pour permettre à des entreprises de se vendre et de bénéficier en retour de certains financements. Actuellement dans le monde, SPOTT évalue plus d’une centaine de producteurs et négociants d’huile de palme, plus d’une centaine d’opérateurs et négociants de bois légal, plus d’une trentaine de producteurs et négociants de caoutchouc ». A-t-il renseigné.
L’application est disponible en ligne en cliquant sur www.spott.org. Et son accès est gratuit. Concernant le scoring, SPOTT attribue un niveau de conformité aux entreprises par 180 indicateurs qui sont répartis dans 10 catégories. Il y a une notation qui est appliquée par critère. Quand l’entreprise réponds parfaitement au critère, elle a 1 point. Quand elle répond partiellement mais qu’il n’y a pas de vérification externe sur sa déclaration, on lui donne 0,5 pt, Quand elle répond partiellement et qu’il y a une partie externe qui peut confirmer cela, elle a 0,75 pt. Quand le critère n’est pas rempli, l’entreprise a une notation de 0.
Consultation des parties prenantes très importante dans SPOTT
« Chaque année, on reprend cette évaluation et en fonction du pourcentage on peut voir si cette entreprise évolue ou régresse en matière de durabilité. Quand vous voyez une entreprise qui a un pourcentage de 94%, cela veut dire qu’on l’a évalué sur les 180 indicateurs, on a trouvé qu’elle était en conformité sur 94% de ses critères de notation. Si on a mis le vert, cela veut dire que son niveau de conformité est en train d’évoluer. Pour celles marquées en rouge, cela veut que leur niveau de conformité soit en train de baisser. Qu’il y a certains aspects sur les 180 indicateurs où elles commencent à ne plus être en conformité. » précise l’expert de ZSL. La consultation des parties prenantes est très importante dans SPOOT car elle permet de confronter les informations qui ont été fournies par les entreprises. Au niveau du contrôle-qualité, SPOTT utilise plusieurs sources pour confirmer les informations qui lui sont fournies.
Plusieurs opérateurs privés camerounais ont été évalués par SPOTT en 2024. On peut citer par exemple : La Pallisco qui figure au 14e rang avec un pourcentage de 64,2%, 104 points sur les indicateurs totaux, mais a régressé de -1,4 en termes de changement par rapport au précédent classement ; Le Groupe Decolvenaere au 43ème rang avec 17,2%, 159 points sur les indicateurs totaux, mais a progressé de + 1,3 en termes de changement. Le Groupe SEFAC au 45ème rang avec 16,4%, 107 points sur les indicateurs totaux, mais a progressé de +1,5 en termes de changement.
Irénée Modeste BIDIMA
