C’est ce qui ressort d’une enquête menée par des journalistes le 3 février dernier dans 4 marchés de la capitale : Biyem-Assi, Mendong, Mvog-Betsi et Nsam. Celle-ci indexe en grande partie les vendeurs des fruits et légumes.
« Je ne lave pas les fruits avant de les vendre. Cela me prendrait trop de temps. Je les essuie juste s’ils ont de la boue avant de les exposer sur le comptoir ». Cette déclaration de Mama Blandine, vendeuse d’une grande diversité de fruits au marché de Mvog-Betsi est révélatrice des maux qui ronge ce secteur névralgique de l’alimentation humaine. 95% de commerçantes abordées ont en substance dit la même chose, argumentant que cette responsabilité revient au consommateur, qui doit lui-même laver ses fruits ou ses légumes avant de les consommer.
Ce qu’il faut également décrier, c’est l’environnement dans lequel ces pastèques, oranges, avocat, okok, morelle et autres légumes sont vendus et qui est toujours loin d’être sain. Certains n’hésitant pas à les étaler à même le sol ou sur de comptoirs de fortune, les exposant davantage à des contaminations potentielles. Fotso Jules, qui vend des papayes et des pastèques au marché de Nsam, incrimine plutôt les pouvoirs publics : «Certains de nos marchés sont improvisés, il n’y a pas suffisamment de boutiques et de comptoirs pour tout le monde. On se débrouille comme on peut » tente-il de se justifier.
Des méthodes de conservation archaïques
Ces fruits ou ces légumes sont ainsi soumis aux aléas climatiques à longueur de journée avant vendus, et se dégradent du point de vue de la qualité nutritionnelle. Quand ils ne sont pas totalement détériorés et jetés à la poubelle.
Les méthodes de stockage laissent également à désirer. Ces fruits ou ces légumes sont très souvent simplement couverts d’une bâche ou d’un plastique le soir, ce qui ne les met pas à l’abri des rongeurs et des fourmis susceptibles de les contaminer.
Certains vendeurs en plus de vendre des fruits entiers font dans la découpe et la vente des fruits comme l’ananas ou la pastèque en tranches. Notamment dans les marchés de Mendong et de Biyem-Assi. Mais là aussi cela présente des risques certains de maladie, car ces fruits sont manipulés sans gants de protection et lavés avec une eau d’origine douteuse.
Des feuilles manioc écrasées contaminées par le fer
Au marché Nsam, des femmes se sont lancées dans le broyage des feuilles de manioc à l’aide d’une marmite équipée d’un moteur électrique pour soulager les ménagères. Malheureusement, il s’avère que la matière avec laquelle cet équipement est fabriqué n’est pas appropriée, et que des petits dépôts de fer toxique s’infiltrent dans la masse des feuilles de manioc écrasés pendant le processus de transformation. Ce qui peut nuire à la santé des consommateurs à court ou moyen terme.
Au final, il a découlé cette enquête que 90% des vendeurs approchés sont ignorants des mesures d’hygiène auxquels ils sont astreints pendant la commercialisation des fruits et légumes. Ce qui serait l’une des principales causes des nombreux dérapages observés.
Il faut éviter de faire broyer votre « Pkwem » dans des marmites macocotes.
Pour remédier à cette situation, la fondation JetA Oben recommande dans une de ses publications aux mairies, au ministère du commerce et à toutes les parties prenantes de sensibiliser et d’accompagner davantage les commerçants pour que les mesures d’hygiène, d’assainissement et de sécurité soient renforcées dans les marchés des fruits et légumes. Cette institution basée à Yaoundé promeut la nutrition et l’amélioration de la qualité de vie et le bien-être des populations. Le marché des fruits situé en face la délégation de la Chambre de Commerce après le lieu dit « Montée âne rouge » peut servir de modèle de référence.
Dans les boucheries et les poissonneries, le respect des mesures d’hygiène est à première vue perceptible, ainsi que les techniques de stockage et de conservation avec notamment l’utilisation des congélateurs et l’approvisionnement des boutiques à partir des camions frigorifiques. « Encore que nous préférons vendre toute notre viande le même jour. Car une fois gardée au congélateur elle change de couleur et les clients n’aiment pas ça » confie Wafo Pierre, propriétaire d’une boucherie au marché de Mvog-Betsi, Le sol, les équipements et le matériel utilisés sont régulièrement nettoyés. Néanmoins, l’on peut émettre des réserves sur l’utilisation du papier ciment récupéré pour l’emballage de la viande. A titre comparatif, les supermarchés de la capitale semblent présenter de meilleures garanties en termes de respect des mesures d’hygiène que les marchés. Quoique ce rayon d’activité soit assez marginal dans ces enseignes, les fruits et légumes, viandes et poissons sont mieux achalandés, étiquettes et valorisés. La gamme des produits vendus est aussi diversifiée, avec la possibilité d’acheter des produits déjà transformés. Mais les prix d’achat sont plus élevés que dans les marchés et parfois hors de portée du citoyen moyen,
D’où l’impérieuse nécessité de changer la donne dans les marchés, en promouvant désormais des pratiques de commercialisation plus saines.
Irénée Modeste Bidima
